Sommaire
- Naissance de la Cotisation Assise sur la Valeur ajoutée
- Retour de la cotisation sur la valeur ajoutée
- Ce que les décideurs ont retenu
- A retenir :
- Précisions utiles :
- Notes & Références
- Questions fréquentes (FAQ)
Note : Cet article rassemble une ressource dense et rigoureuse
Il rassemble trente ans de débats institutionnels, de rapports et de controverses autour de la CVA. Plutôt qu’un simple point de vue, c’est une base documentaire sourcée accessible à tous.
Elle vous permettra de comprendre comment l’idée de changer l’assiette des cotisations sociales a traversé les alternances politiques et pourquoi elle reste d’actualité aujourd’hui. Un outil pour se repérer, vérifier les faits, et
participer au débat sur l’avenir du financement social.
Naissance de la Cotisation Assise sur la Valeur ajoutée
Les années 1990 :
premières propositions et rapport Chadelat
L’idée d’asseoir les cotisations sociales patronales sur la valeur ajoutée n’est pas née d’hier. Dans les années 1990, plusieurs économistes, mais aussi des responsables politiques et syndicaux, avancent la nécessité d’élargir l’assiette des cotisations au-delà de la masse salariale.
Du côté des économistes critiques, Paul Boccara (PCF) défend dès cette époque son projet de « sécurité d’emploi et de formation », reposant sur une assiette élargie intégrant la valeur ajoutée [1] . Pour lui, il s’agit de financer les droits sociaux par un prélèvement stable et pérenne, proportionnel à la richesse réellement créée, plutôt que par un système reposant uniquement sur l’emploi salarié, de plus en plus fragmenté par la précarité et le chômage de masse.
C’est dans ce contexte qu’apparaît le rapport au Premier ministre sur le financement de la protection sociale (Commissariat général au Plan, 1995), présidé par Jean-Baptiste de Foucauld et rapporté par Jean-François Chadelat et Catherine Zaidman. Le rapport explore plusieurs pistes, dont l’élargissement de l’assiette des cotisations patronales à la valeur ajoutée.
Le rapport mentionne aussi la possibilité d’une modulation (selon la part des salaires dans la VA), mais en souligne lui-même la difficulté pratique.
Autrement dit, Chadelat n’impose pas un modèle unique : il ouvre un éventail de scénarios, en insistant sur la faisabilité technique de l’assiette valeur ajoutée
[2]
.
Jean-Baptiste de Foucauld juge alors l’effet d’une CVA « négatif », estimant qu’elle pèserait sur les entreprises les plus innovatrices.
Cette réflexion se prolonge avec les travaux de Jean-François Chadelat (1997) sur la réforme des cotisations patronales. Commandés par Alain Juppé mais remis à Lionel Jospin après l’alternance, ils jugent au contraire la réforme d’assiette « inéluctable » et préconisent deux pistes : Soit une CVA, soit une modulation des cotisations patronales selon le rapport {valeur ajoutée/masse salariale} [40] .
Cette évolution rapide de « négatif » (Foucauld, 1995) à « inéluctable » (Chadelat, 1997), traduit une évolution interne de l’appareil d’État, pas seulement une différence de personnes.
Cette lecture est confirmée par une analyse académique publiée en 1998 dans la Revue de l’OFCE : Henri Sterdyniak et Pierre Villa rappellent que le rapport Chadelat « préconise d’élargir l’assiette des cotisations sociales, mais suggère un mécanisme de modulation difficile à mettre en œuvre » [3] .
Pourtant, ce rapport n’aura aucune suite. Quelques semaines plus tard, les avis du Conseil d’orientation pour l’emploi et la synthèse du Centre d’analyse stratégique vont donner la priorité à d’autres options, reléguant la CVA au second plan.
Ce que dit Chadelat au Sénat (13 octobre 1998)
Lors de son audition au Sénat, Jean-François Chadelat précise les raisons d’un basculement d’assiette vers la valeur ajoutée, en cohérence avec les pistes du rapport du Plan [2] :
- Justification économique : La masse salariale progresse moins vite que l’activité : fonder le financement uniquement sur les salaires fragilise la ressource.
- Assiette opérationnelle : Deux usines qui créent la même VA mais avec des intensités capital/travail différentes ne contribuent pas pareil en cotisations sociales patronales.
Chadelat dénonce : « Une entreprise avec 100 salariés + 10 machines » vs « Une entreprise avec 10 salariés + 100 machines » — à VA égale, elles contribuent de manière inégale. Une CVA corrigerait ce biais. - Effets attendus : Les simulations sur l’emploi montrent un effet positif mais très variable (de 40 000 à 400 000 emplois selon les hypothèses) ; l’enjeu principal est la cohérence de l’assiette.
- Mise en œuvre prudente : Introduction progressive (à la manière du déplafonnement historique des cotisations) pour éviter les chocs et donner de la visibilité.
Cette audition confirme que, dès 1998, la faisabilité et la cohérence d’une cotisation assise sur la valeur ajoutée étaient établies dans le débat institutionnel [36] .
À la fin des années 1990, la priorité politique est ailleurs : les gouvernements misent surtout sur des allègements ciblés sur les bas salaires, présentés comme un outil de lutte contre le chômage. Cette stratégie,
qui culminera plus tard avec les exonérations Fillon et le CICE, s’impose dans l’agenda et relègue la réflexion sur l’assiette contributive au second plan. En pratique, la logique reste la même : réduire le « coût du travail », sans
remettre en cause une assiette centrée sur les salaires.
Pourtant, comme l’ont noté plusieurs chercheurs depuis, cette stratégie a produit des résultats très limités sur l’emploi, tout en fragilisant les recettes de la Sécurité sociale. L’idée d’une CVA, elle, ne disparaît pas : sa cohérence économique et son potentiel de justice contributive lui permettront de réapparaître régulièrement dans les débats ultérieurs.
Chronologie des rapports « Chadelat » et associés
- 1994 : Rapport Maarek. Gérard Maarek (Crédit Agricole) pose le diagnostic : « il n’y a pas d’assiette de cotisations miracle » et souligne les effets pervers d’une assiette purement salariale.
- 1994–1995 : Rapport Foucauld–Chadelat (Commissariat au Plan). Présidé par Jean-Baptiste de Foucauld, rapporteurs J.-F. Chadelat et C. Zaidman. Paradoxalement, Foucauld juge l’effet d’une CVA « négatif » pour les entreprises innovatrices.
- 1997 : Rapport Chadelat (commandé par Juppé, remis à Jospin). Évolution radicale : la valeur ajoutée devient une base « inéluctable et souhaitable ».
- 1998 : Rapport Malinvaud. Opposition frontale à Chadelat : récuse l’intérêt d’une CVA et préconise des allègements ciblés sur les bas salaires.
- 13 octobre 1998 : Audition de J.-F. Chadelat au Sénat (PLFSS 1999). Défense explicite de la CVA.
- 1998 : Analyses académiques (Revue de l’OFCE).
Retour de la cotisation sur la valeur ajoutée
2006 – Chirac relance le débat
Le rapport administratif (mai 2006)
En janvier 2006, le président Jacques Chirac confie à un groupe interministériel la mission d’examiner plusieurs pistes de réforme du financement de la protection sociale. Pendant deux mois, des hauts fonctionnaires issus de la Direction de la législation fiscale, de la Sécurité sociale et de l’INSEE travaillent sur quatre scénarios :
- une cotisation sur la valeur ajoutée (CVA) ;
- une modulation des cotisations sociales patronales en fonction du ratio masse salariale/valeur ajoutée ;
- une « TVA sociale » ;
- une contribution patronale généralisée.
Le rapport rendu en mai 2006 est sans ambiguïté : la CVA est parfaitement faisable sur le plan juridique et technique. Elle peut être recouvrée par les URSSAF ou par l’administration fiscale, et son assiette est facilement identifiable grâce aux données déjà déclarées par les entreprises (TVA, IS).
Mieux encore : les simulations macroéconomiques réalisées dans ce cadre estiment qu’une bascule partielle vers la valeur ajoutée aurait un impact légèrement positif sur l’emploi, de l’ordre de +28 000 postes.
Ce chiffre n’est évidemment pas une prévision certaine, mais il montre qu’aucun risque majeur sur l’emploi n’était identifié dans ce scénario [3] .
Pourtant, ce rapport n’aura aucune suite. Quelques semaines plus tard, les avis du Conseil d’orientation pour l’emploi et la synthèse du Centre d’analyse stratégique vont donner la priorité à d’autres options, reléguant la CVA au second plan.
L’avis du COE (juillet 2006)
En juillet 2006, le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) publie un avis sur les mêmes scénarios. Contrairement au rapport administratif de mai, l’avis met la TVA sociale en avant comme piste prioritaire, relativise fortement l’intérêt d’une CVA et écarte la modulation, jugée trop complexe. La CVA est évoquée comme une option « possible », mais politiquement peu réaliste.
Dans les faits, cette note de synthèse défavorable efface la portée du rapport technique favorable, et devient la référence utilisée par les décideurs politiques [4] .
Ce décalage est révélateur du fonctionnement institutionnel français :
ce n’est pas le rapport d’instruction (technique) qui pèse dans l’agenda, mais l’avis de synthèse (politique).
Ainsi,
une option validée comme faisable disparaît du radar institutionnel, tandis que la « TVA sociale » gagne en visibilité et s’impose comme le slogan politique qui sera repris quelques années plus tard par Nicolas Sarkozy.
L’oubli de l’arrêt CJUE (octobre 2006)
Au même moment, un élément juridique majeur aurait pu changer la donne : le 3 octobre 2006, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) rend son arrêt dans l’affaire C-475/03, concernant l’IRAP italienne (un impôt local assis sur la valeur ajoutée). La question posée était simple : un prélèvement sur la valeur ajoutée est-il compatible avec la directive européenne qui encadre la TVA (directive 77/388/CEE, remplacée depuis par la directive 2006/112/CE) ?
La réponse est claire : oui. La CJUE juge que l’IRAP, bien qu’assise sur la valeur ajoutée, ne constitue pas une « taxe sur le chiffre d’affaires » au sens du droit européen, et qu’elle est donc parfaitement compatible avec les traités [5] .
Cet arrêt aurait dû lever les doutes juridiques qui pesaient encore sur la CVA. Mais il est resté quasi ignoré dans les débats français : ni le rapport du COE (juillet 2006), ni les discussions politiques qui suivront ne l’intègrent.
Un exemple typique de dépendance au sentier : une administration qui a tranché en faveur d’une option (TVA sociale) ne revient pas en arrière, même quand des faits nouveaux rendent crédible une alternative.
Premier bilan
Une idée techniquement crédible, politiquement repoussée
Depuis la fin des années 1990, toutes les évaluations techniques convergent : une CVA est faisable, tant sur le plan juridique (compatibilité européenne) que sur le plan technique (assiette et recouvrement connus). Les simulations ne montrent aucun risque majeur pour l’emploi ; au contraire, elles évoquent même un impact légèrement positif.
Alors pourquoi la CVA n’a-t-elle jamais vu le jour ?
Parce qu’elle touche à une question de pouvoir : affecter une ressource pérenne et dynamique à la Sécurité sociale, c’est réduire la
marge de manœuvre budgétaire de l’État.
Or, depuis les années 1990, la tendance est à la fiscalisation croissante de la protection sociale (CSG, TVA sociale, impôts affectés), au détriment de la logique contributive.
Autrement dit : la CVA n’a jamais été écartée pour des raisons économiques ou juridiques. Elle a été repoussée pour des raisons institutionnelles et politiques, liées au partage du pouvoir entre l’État, la Sécurité sociale et les partenaires sociaux.
2009 – la CVAE tranche sur les lois européennes
une assiette jugée fragile devient opérable
Ironie de l’histoire : trois ans après avoir écarté la CVA pour la Sécurité sociale, le législateur adopte en 2009 une réforme fiscale qui en reprend largement le principe. La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), créée pour financer les collectivités locales dans le cadre de la suppression de la taxe professionnelle, est assise sur la valeur ajoutée brute. Autrement dit : la même assiette jugée fragile ou impraticable en 2006 devient soudainement opérable.
Mais la CVAE a rapidement montré ses limites. Bien qu’assise sur la valeur ajoutée, son taux effectif dépendait en réalité du chiffre d’affaires, via un barème dégressif. Deux entreprises créant la même richesse pouvaient ainsi être imposées de façon très différente, selon la taille de leur activité. Ce mécanisme a produit un effet régressif, faisant peser proportionnellement plus la charge sur les petites structures que sur les grandes, soit exactement l’inverse de ce qu’aurait permis une véritable CVA sociale.
Cette distorsion explique en partie l’érosion continue du rendement de la CVAE : de plus de 16 Mds€ à son apogée, il est tombé à moins de 5 Mds€ en 2024 [22] , au moment même où Bercy réclamait 10 Mds€ d’économies supplémentaires [23] .
Notons au passage une confusion terminologique : malgré son nom de « cotisation », la CVAE était en réalité un impôt économique local, sans aucun lien avec la Sécurité sociale. Sa suppression fut engagée en 2023–2024. [24] .
Sur le plan technique, pourtant, la CVAE reposait sur un calcul simple : chaque entreprise déclare déjà sa valeur ajoutée dans ses comptes, puisque c’est un indicateur de base pour l’impôt sur les sociétés et la TVA. Le recouvrement a été assuré sans difficulté par la direction générale des finances publiques. Preuve que l’argument de la complexité ou de l’insécurité juridique n’était pas fondé : il s’agissait bien d’un choix politique d’affectation.
Les effets redistributifs de la réforme ont été documentés : dans le scénario discuté au Parlement en 2009, l’industrie aurait bénéficié d’un allègement d’environ 7,5 Mds€, tandis que les banques, assurances et grandes surfaces auraient été davantage mises à contribution [9] .
Preuve que l’assiette VA est opérable
Ce précédent reste crucial : si un prélèvement sur la valeur ajoutée a pu fonctionner pour les collectivités locales, rien n’empêche de l’appliquer à la Sécurité sociale. La seule différence réside dans l’affectation des recettes : collectivités territoriales dans le cas de la CVAE, caisses sociales dans le cas d’une CVA. Autrement dit : la question n’a jamais été technique, elle est institutionnelle et politique.
Dès 1995, un rapport officiel au Premier ministre (Foucauld, Chadelat, Zaidman) constatait que l’augmentation des cotisations sociales employeurs « ne pèse en fait qu’à court terme sur les entreprises, puis se traduit par une hausse des prix et par une baisse équivalente du salaire réel brut de sorte que les ménages salariés sont in fine les véritables payeurs » [38] . Autrement dit, les cotisations patronales, présentées comme un coût pour l’entreprise, sont le plus souvent répercutées sur les salariés par le jeu des prix et la stagnation salariale.
Ce constat, posé dès le milieu des années 1990, est confirmé par Thomas Piketty dansLe Capital au XXIe siècle (2013). Il montre qu’après la mise en place des cotisations sociales à la Libération, la part des profits dans la valeur ajoutée n’a pas été durablement réduite. Dès les années 1960, le capital avait retrouvé son taux de profit historique : preuve que les cotisations patronales avaient été absorbées sans affecter durablement les revenus du capital [39] . La « charge patronale » s’est donc révélée, dans les faits, surtout une charge pour les salariés.
Ainsi, qu’on finance la Sécurité sociale par des cotisations sur les salaires, par une TVA sociale ou par la CSG, l’incidence économique retombe massivement sur les ménages. La différence avec une CVA est décisive : en intégrant les profits et dividendes dans l’assiette, elle réduit la possibilité de transférer l’effort contributif uniquement sur les salaires. La ressource reste de nature sociale (URSSAF) et non budgétaire (État), ce qui modifie en profondeur le rapport de force entre capital, travail et puissance publique.
Enfin, le choix de la valeur ajoutée brute (VAB) comme assiette renforce la robustesse du dispositif. Comme les amortissements y sont inclus, les multinationales (par ex. Amazon) ne peuvent pas effacer artificiellement leur valeur ajoutée en multipliant les filiales ou les redevances internes. La richesse produite sur le territoire reste visible et taxable, là où une valeur ajoutée nette offrirait davantage de marges d’optimisation.
Conclusion
Ce que change une Cotisation sur la Valeur ajoutée bien paramétrée
La CVA n’est pas un slogan : c’est une réforme d’assiette cohérente avec trois objectifs simples :
- Sécuriser une ressource sociale dynamique, moins sensible aux stratégies de contenu salarial et à l’externalisation.
- Équilibrer l’effort contributif entre secteurs à forte masse salariale et secteurs à forte intensité capitalistique (banques, plateformes, grande distribution, numérique).
- Rendre contributives les importations consommées en France (ajustement à l’entrée) et ne pas pénaliser l’export (exonération à la sortie), selon une logique déjà maîtrisée.
Principes de mise en œuvre :
- Assiette : valeur ajoutée telle que déclarée dans les liasses fiscales et comptes nationaux (base connue et auditée).
- Recouvrement : adossement aux canaux existants (DGFiP/URSSAF), avec un taux modeste mais appliqué à large base.
- Neutralité concurrentielle : exonération à l’export, contribution à l’import (principe d’ajustement déjà pratiqué).
- Gouvernance : affectation directe aux caisses sociales, comme ressource contributive et non fiscale.
Ces choix répondent directement aux constats des années 2010–2025 : après quinze ans de jeux de taux (CICE, allègements, CSG), il devient indispensable de revenir à la question de l’ assiette.
A retenir :
Depuis 2006, l’option visible
a été la TVA sociale, car elle est « prête à l’emploi » dans la loi de finances. Les diagnostics
récents disent l’inverse : il faut des assiettes larges et stables. C’est exactement le terrain d’une CVA sérieuse : une réforme d’
assiette qui fait contribuer les entreprises selon la richesse qu’elles créent vraiment.
La question centrale du financement de la protection sociale n’est pas seulement celle du niveau de contribution, mais celle de son assiette
. La valeur ajoutée permet de raisonner en amont du partage, au niveau de la richesse créée avant sa répartition.
Faire de l’assiette un choix explicite revient à décider collectivement quelle part de la valeur ajoutée est socialisée et selon quels principes.
La CVA s’inscrit dans cette logique de cohérence, en reliant durablement le financement des droits universels à la création de richesse.
Précisions utiles :
Ce billet s’appuie sur un travail plus large développé dans un
mémoire.
Pour situer le propos, voici quelques points de contexte :
- CVA modulée : L’analyse repose sur une hypothèse de CVA modulée selon le ratio masse salariale / valeur ajoutée, détaillée dans le mémoire. Ce paramétrage corrige les inégalités entre travail et capital.
- Neutralité : Les rapports officiels sont rigoureux mais reposent sur des choix méthodologiques orientés (scénarios, indicateurs). D’où l’importance de les lire avec esprit critique.
- CVAE ≠ CVA : La CVAE (2009) est un impôt local sur la valeur ajoutée brute. Elle montre que les freins techniques ou juridiques invoqués contre une CVA ne sont plus valables.
Impact sur l’emploi : des estimations variables
Les différents rapports publics convergent : une CVA aurait un effet positif sur l’emploi. Mais les ordres de grandeur dépendent des hypothèses retenues :
- Rapport Chadelat (1997) : fourchette large selon les paramètres ( 40 000 à 400 000 emplois), avec la conclusion que l’effet serait « de toute façon positif ».
- Rapport du CPO (2006) : simulations macroéconomiques plus prudentes, limitées à une bascule partielle , estimant environ +28 000 emplois.
Ce texte s’appuie sur des faits établis, mais assume sa portée politique :
contribuer au débat sur le financement de la protection sociale.
Notes & Références
- Paul Boccara, Une sécurité d’emploi et de formation, Paris, Le Temps des cerises, 1997. Retour au texte
- Commissariat général au Plan, Le financement de la protection sociale, rapport au Premier ministre, présidence Jean-Baptiste de Foucauld, rapporteurs Jean-François Chadelat et Catherine Zaidman, Paris, La Documentation française, 1995. Retour au texte
- Rapport interministériel sur le financement de la protection sociale, mai 2006. Résumé par Les Échos, « Réforme des cotisations patronales : le rapport qui fait hésiter le gouvernement », 31 mai 2006. URL : lesechos.fr. Retour au texte
- Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), Avis sur les modalités de financement de la protection sociale, juillet 2006. Retour au texte
- CJUE, arrêt du 3 octobre 2006, affaire C-475/03 (Banca popolare di Cremona contre Agenzia Entrate Ufficio Cremona). Texte intégral : eur-lex.europa.eu. Retour au texte
- « Financement de la protection sociale : qu’est-ce que la TVA sociale ? », Vie publique, 27 mai 2025. URL : vie-publique.fr. Retour au texte
- Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), Prélèvements obligatoires sur les ménages : progressivité & effets redistributifs, mai 2011 (rapport). PDF : ccomptes.fr. Retour au texte
- France Stratégie – Mission Bozio–Wasmer, Les politiques d’exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, 3 oct. 2024. URL : strategie-plan.gouv.fr. Retour au texte
- Claire Guélaud, « Les députés présentent leur scénario de réforme de la taxe professionnelle », Le Monde, 10 juin 2009. URL : lemonde.fr. Retour au texte
- Le Point, « TVA sociale : Sarkozy annonce une hausse à 21,2 % », 29 janv. 2012. URL : lepoint.fr. Retour au texte
- Public Sénat, « Emmanuel Macron relance le débat sur la TVA sociale », 14 mai 2025. URL : publicsenat.fr. Retour au texte
- COE, Avis sur les modalités de financement de la protection sociale, 20 juil. 2006 ; Centre d’analyse stratégique, La réforme du financement de la protection sociale – Avis de synthèse, sept. 2006. Retour au texte
- Les Échos, « Réforme des cotisations patronales : le rapport qui fait hésiter le gouvernement », 31 mai 2006. URL : lesechos.fr. Retour au texte
- Éric Besson, TVA sociale, sept. 2007. URL : vie-publique.fr. Retour au texte
- Sénat, Rapport d’information n°60 (2007–2008). URL : senat.fr. Retour au texte
- Le Point, op. cit. (annonce du 29 janv. 2012). Retour au texte
- Le Monde, « Les députés ont voté la suppression de la TVA sociale », 17 juil. 2012. URL : lemonde.fr. Retour au texte
- Loi n°2012-958 du 16 août 2012 — fin de la TVA sociale. URL : lexbase.fr. Retour au texte
- Ministère de l’Économie, « Le CICE, c’est quoi ? ». URL : economie.gouv.fr. Retour au texte
- Conseil des ministres (24 sept. 2018) — PLF 2019. URL : vie-publique.fr. Retour au texte
- France Stratégie, « CICE : a-t-il atteint ses objectifs ? », 30 sept. 2020. URL : vie-publique.fr. Retour au texte
- Rapports législatifs, « Projet de loi de finances pour 2024 : Relations avec les collectivités territoriales », 23 nov. 2023. URL : senat.fr. Retour au texte
- Banque des territoires, « Bercy demande 10 milliards d’économies supplémentaires », 11 juil. 2024. URL : banquedesterritoires.fr. Retour au texte
- Vie-publique, « Compensation de la disparition de la CVAE », 2023. URL : vie-publique.fr. Retour au texte
- Vie-publique, « Financement de la protection sociale : perspectives 2018 ». URL : vie-publique.fr. Retour au texte
- Legifrance, LFSS 2018. URL : legifrance.gouv.fr. Retour au texte
- INSEE, « Réformes des prélèvements 2018–2019 ». URL : insee.fr. Retour au texte
- Ministère de la Fonction publique, « Indemnité compensatrice CSG ». URL : fonction-publique.gouv.fr. Retour au texte
- France Stratégie, « Crédit d’impôt : le CICE a-t-il atteint ses objectifs ? », 30 sept. 2020. URL : vie-publique.fr. Retour au texte
- Cour des comptes, RALFSS 2025, 26 mai 2025. PDF : ccomptes.fr. Retour au texte
- Mission Bozio–Wasmer, présentation, oct. 2024. URL : strategie.gouv.fr. Retour au texte
- Antoine Bozio & Étienne Wasmer, Les politiques d’exonérations de cotisations sociales, oct. 2024. PDF : strategie.gouv.fr. Retour au texte
- INSEE, « En octobre 2018, les gains des réformes des prélèvements… », 12 mars 2019. URL : insee.fr. Retour au texte
- Assemblée nationale, Rapport n°1148, 1998. URL : assemblee-nationale.fr. Retour au texte
- Henri Sterdyniak & Pierre Villa, « Réforme du financement de la protection sociale », Revue de l’OFCE, n°66, janv. 1998. URL : ofce.sciences-po.fr. Retour au texte
- Sénat, PLFSS 1999 — audition Jean-François Chadelat, 13 oct. 1998. URL : senat.fr. Retour au texte
- Fitoussi, Sterdyniak, Le Cacheux, « Pour une réforme du financement de la Sécurité sociale », 1998. URL : ofce.sciences-po.fr. Retour au texte
- Jean-Baptiste de Foucauld (dir.), Le financement de la protection sociale, 1995. Retour au texte
- Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, 2013. Retour au texte
- Les Échos, « Une solution préconisée en 1997 par le rapport Chadelat », 3 janv. 2006. URL : lesechos.fr. Retour au texte
Questions fréquentes (FAQ)
Non. La CVA serait une cotisation sociale employeurs affectée à la Sécurité sociale. La CVAE (2009) est un impôt économique local pour les collectivités : elle relève des finances publiques et n’est pas une cotisation sociale.
Une cotisation assise sur la valeur ajoutée brute (VAB) produite par l’entreprise, plutôt que sur la seule masse salariale, afin d’élargir et stabiliser l’assiette du financement social.
La CVA change l’assiette du financement (cotisation affectée). La TVA sociale joue sur un taux de TVA (impôt) pour compenser des baisses de cotisations via la loi de finances.
Pour des raisons politiques et d’outillage existant (avis COE, synthèse CAS) alors même que sa faisabilité technique avait été étudiée par le groupe interministériel de mai 2006.
Oui : elle montre qu’une assiette “valeur ajoutée” est opérable. Même si il s’agit c’est un impôt local , distinct d’une cotisation sociale nationale.
Non. On ne taxe pas l’achat d’équipement.
L’assiette VAB évite que les amortissements servent de « niche » et garantit la neutralité capital/travail.
La CVA se calcule sur la VA réalisée en France. Les questions d’ajustement aux frontières relèvent du cadre juridique (UE/OMC) et doivent être traitées par la loi.