Le paradoxe des baisses de charges patronales

Le débat public est saturé par la question du « coût du travail ».
D’aucun diront qu’il faut baisser les charges au nom de la compétitivité, tandis que d’autres diront qu’on doit les maintenir pour préserver notre modèle sociale. Personne n’a raison ni tord car les deux affirmations sont entendables et indissociables.
Grâce au croisement de deux analyses, micro et macro économiques, nous vous révélons ici pourquoi les baisses de cotisations successives ne parviennent pas à soulager les PME

1. L’Analyse Micro : La pénalité à l’emploi (Le face-à-face)

À l’échelle d’une entreprise, le mode de calcul actuel (assis sur le salaire) crée une distorsion majeure entre deux structures produisant pourtant la même richesse réelle.

Prenons deux entreprises créant 100 € de Valeur Ajoutée (VA):

L’Entreprise « Main-d’œuvre » (PME, artisan, service de proximité) :

  • Pour créer ses 100 €, elle verse 80 € de salaires.
  • Sa base de cotisation est élevée : elle paie environ 32 € (sur la base d’un taux de 40 %).
  • Taux d’effort réel : 32 % de sa richesse est socialisée.

L’Entreprise « Automatisée » (Géant du numérique, finance, industrie 4.0) :

  • Pour créer les mêmes 100 €, elle ne verse que 20 € de salaires (remplacés par des machines/logiciels).
  • Sa base de cotisation est faible : elle ne paie que 8 €.
  • Taux d’effort réel : seulement 8 % de sa richesse est socialisée.

Conclusion Micro : Le système actuel offre une « prime fiscale » à la destruction d’emplois. Plus une entreprise remplace l’humain par le capital, plus elle s’exonère de fait du financement de la société.

2. L’Analyse Macro : Le poids du système (Le cercle vicieux)

À l’échelle nationale, ce déséquilibre microéconomique se transforme en une injustice structurelle qui asphyxie le territoire.

  • La fracture de la Valeur Ajoutée : Aujourd’hui, 10 % des entreprises captent plus de la moitié (52 %) de la richesse nationale, tout en étant faiblement intensives en emploi.
  • La base de financement : À l’opposé, les 90 % d’entreprises restantes (PME, artisans) ne voient passer que l’autre moitié de la VA (48 à 50 %), mais supportent l’immense majorité des emplois.
  • Le doublement de la charge : Comme le financement repose exclusivement sur les salaires, l’effort contributif est concentré sur les entreprises riches en travail mais « pauvres » en captation de VA.

Si les cotisations patronales pèsent environ 15 % de la VA nationale , ce poids est supporté par seulement la moitié de l’économie qui emploie encore massivement.

  • Résultat : Pour une PME locale, le poids réel n’est pas de 20 %, mais il se rapproche du double, car seule la moitié de la richesse captée est soumise a cotisation.

3. La Solution : La CVA Modulée

L’évidence est là : on ne peut pas financer des droits universels sur une assiette salariale qui s’atrophie face au capital.

La réforme propose de : 

  1. Déplacer l’assiette vers la Valeur Ajoutée pour capter la richesse là où elle est réellement, même dans l’économie automatisée.
  2. Moduler le taux pour que l’effort de financement soit équitablement réparti.
  3. Protéger le territoire en allégeant la barque de ceux qui redistribuent la richesse par l’emploi (PME), tout en demandant un rattrapage à l’économie de rente.