Sommaire
Le Diagnostic
Le coût du travail : Et si nous regardions au mauvais endroit ?
Nous vivons un paradoxe. L’État ne cesse de baisser les cotisations pour alléger le coût du travail, et pourtant,
pour l’immense majorité des entreprises, la charge paraît toujours plus lourde.
Pourquoi ? Parce que la richesse a changé de camp, mais pas le financement.
La part des cotisations patronales représentait environ 12 % de la Valeur Ajoutée totale en 1982.
En 2025, elle pèse 20 %… mais concentrée sur la seule moitié de l’économie qui emploie encore de l’humain. Explications…
1. 1945 vs 2025 : La fin de l’uniformité
En 1945, le paysage était homogène : 100 % des entreprises captaient 100 % de la Valeur Ajoutée (VA) avec un partage standard (environ 60 % pour les salaires, 40 % pour le capital). Le système fonctionnait pour tout le monde. Aujourd’hui, ce modèle a explosé. Nous n’avons plus une économie, mais deux, qui ne jouent plus avec les mêmes règles :
- L’économie du quotidien (90 % des entreprises) : PME, artisans, industrie classique. Elles captent 50 % de la VA, mais doivent la partager à 70/30 voire 80/20 en faveur des salaires car elles ont besoin de main-d’œuvre.
- L’économie automatisée (10 % des entreprises) : Géants du numérique, finance, industrie 4.0. Elles captent l’autre moitié de la richesse, mais ne reversent que 20 ou 30 % en salaires.
2. L’injustice mathématique : Qui paie pour qui ?
C’est ici que le piège se referme. Puisque nous finançons la Sécurité Sociale uniquement sur les salaires, nous demandons l’effort contributif à ceux qui ont des charges de personnel élevées, tout en exonérant ceux qui font du profit sans salariés. Prenons deux entreprises qui créent la même richesse (100 de Valeur Ajoutée) :
- L’entreprise « Main d’œuvre » verse 80 de salaires. Elle paiera ses cotisations sur une base de 80. Son taux d’effort réel sur sa richesse est énorme (environ 32 %).
- L’entreprise « Automatisée » ne verse que 20 de salaires. Elle paiera ses cotisations sur une base de 20. Son taux d’effort réel sur sa richesse est ridicule (environ 8 %).
3. Le cercle vicieux de l’automatisation
Ce système crée une « prime fiscale » à la destruction d’emploi. Si un chef d’entreprise remplace 10 salariés par un logiciel, sa Valeur Ajoutée reste identique (ou augmente), mais sa base de cotisation s’effondre. Il devient
plus compétitif fiscalement.
Conséquence : Le financement de la protection sociale se reporte mécaniquement sur les entreprises qui gardent leurs salariés, rendant le coût du travail insupportable pour elles… ce qui justifie de
nouvelles baisses de charges inefficaces. C’est une fuite en avant.
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